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Ouvrage sous forme polycopiée par la Société historique de Boulogne-Billancourt et mis en ligne par le Cercle des anciennes familles boulonnaises
Saisie informatique et additifs: M. Maurice Masse
Tous droits de reproduction réservés: Archives municipales de Boulogne-Billancourt

E. Couratier

Les rues de Boulogne-Billancourt

1962

HISTOIRE PAR RUE

Les voies dont le nom figure en caractères italiques n'existent plus aujourd'hui ou ont changé d'appellation.

A-B

Rue des Abondances
Rue de l’Abreuvoir
Rue d’Aguesseau
Rue Albert Laurençon
Rue Alfred Laurant
Quai Alphonse Le Gallo
Rue d’Alsace-Lorraine
Boulevard Anatole France
Rue de l’Ancienne Mairie
Square de l'Ancienne Mairie
Avenue André Morizet
Rue Anna Jacquin
Sente de l’Archevêque
Rue des Ariettes
Boulevard d’Auteuil
Chemin des Aveugles
Sente des Aveugles
Rue (ou chemin) de lAvenue
Passerelle de l'Avre
Rue du Bac
Rue de la Balançoire
Rue Bartholdi
Rue de la Belle Feuille
Rue de Bellevue
Rue du Belvédère
Rue Béranger
Rue Bernard Palissy
Place Bernard Palissy
Rue de Billancourt
Pont de Billancourt
Quai de Billancourt
Place Bir Hakeim
Rue Blondeau
Boulevard de Boulogne
Quai de Boulogne
Rue de Buzenval

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Suite des rues: C-D / E-F / G-H / I-J-K / L-M / N-O-P / Q-R-S / T-U-V-Y


Rue des Abondances

Du 124 avenue Jean-Baptiste Clément au 21  rue de l’Abreuvoir.
Longueur: 690 mètres - Largeur: 10 mètres.

Un acte du XVIIIème siècle parle du «chantier de l’Abondance», mais ne précise pas autrement. Peut-être s’agit-il de la fertilité du lieu, de l’enseigne d’un cabaret qui mêlait un peu trop d’eau à son vin. Il y avait des vignobles à cet endroit. 

En 1810, une demande d’alignement sur le chemin de l’ Abondance dit que celui-ci a une largeur de 6,66 mètres. En 1830, en le classant comme chemin vicinal, on le nomme «Chemin des Abondances»; ce pluriel un peu «singulier» subsistera sans dévoiler le secret de son changement. Il est dit «bordé de constructions», ce que ne confirme pas le cadastre. En fait il restera un chemin de terre souvent inondé. En 1859, on dit qu’il n’y a que des terrains nus mais que la rue est «d’un long parcours et d’un grand avenir». Des blanchisseries s’y établiront dont il ne reste qu’une aujourd’hui [en 1962], la plus importante de Boulogne il est vrai [disparue en 1982]. En 1896-1897, l’hospice de vieillards y fut reconstruit, un peu après que la mort à la chasse de la baronne Léonino eut entraîné l’établissement dans son hôtel de l’école israélite. La propriété de Monsieur Duez fut légué par sa veuve aux pupilles de la nation de la guerre de 1914-1918. Dans cette rue fort tranquille se trouvent aussi les Glacières de la Seine, le fleuriste municipal et la consultation des nourrissons en attendant une maternité; la synagogue, qui fut dévastée par les nazis en 1943, se trouve non loin de l’ancien laboratoire d’ Esnault-Pelterie, précurseur de l’aviation et de l’astronautique. La tranquillité des vieillards de l’hospice fut parfois troublée par les explosions résultant de certaines expériences.

Rue de l’Abreuvoir

De la rue des Menus, au 25 quai du 4 septembre.
Longueur: 550 mètres - Largeur: 10 mètres.

Cette rue est, avec la rue des Menus, la plus ancienne de Boulogne. Aucun document écrit ou autre ne l’atteste, mais le besoin que les plus anciens habitants avaient de l’eau du fleuve impose l’hypothèse impérieusement. Un acte du 28 septembre 1715 lui donne son nom actuel en précisant: «jadis rue du Bacq». Ce bac se trouvait donc à l’extrémité du chemin, lequel aboutissait à une échancrure de la rivière où existaient aussi un port etun abreuvoir. La date de la disparition du bac nous est inconnue. Il dépendait certainement de l’abbaye de Saint-Denis, titulaire de tous les droits sur la Seine jusqu’à Saint-Cloud, en conflit d’ailleurs avec l’évêque de Paris seigneur de Saint-Cloud, qui les revendiquait pour sa seigneurie. 

Quant à l’abreuvoir, et au port, ils subsistèrent jusqu’à la construction du boulevard de l’Empereur (quai du 4 septembre) en 1857-1858. Il en est question fréquemment dans les anciens actes. L’endroit servait également aux blanchisseurs pour laver leur linge et, de plus, les eaux des Menus s’y écoulaient par un fossé large et profond qui bordait le chemin. En raison de ces multiples fonctions, le chemin était très fréquenté et le voisinage de ce fossé finit par le rendre dangereux. En outre il y avait sur le «port» une plâtrerie signalée au XVIIIème siècle et encore en 1839 qui empiétait sur la berge.

Naturellement, tous ces emplois sur un espace minuscule se gênaient les uns les autres. Les blanchisseurs avaient abandonné le lieu en partie pour la «rue du Port» (actuelle) en 1694, où un «port» du même genre s’y établit. Toutefois, l’antique abreuvoir subsista comme devant. Suivant divers textes, la rue descendait en pente en s’élargissant et ce n’était que son extrémité, large de 13 mètres, qui formait le «port». En 1831, on parle de son importance pour la réception du bois à brûler destiné aux blanchisseurs. Il était amené du Morvan sur des bateaux dits de «déchirage» parce que les mariniers les détruisaient après déchargement, retournant dans leur pays à pied ensuite .

Les eaux du fleuve, rejetées sur la rive droite, finirent par créer auprès de l’endroit un gouffre dit «le Pirouit»  signalé comme très dangereux à plusieurs reprises. 

On pava la rue en 1830 mais on continua à se plaindre des dégradations.

Lorsqu’on construisit le quai, le conseil municipal demanda de le faire passer sur une arche pour conserver le port et l’abreuvoir, ce qui fut refusé. En 1871, des blanchisseurs obtinrent seulement l’aménagement d’un emplacement qui subsistait encore en 1914 (et ce jusqu’aux crues de 1955 où la surélévation des berges en vint à bout! ). mais la rue avait perdu son animation. L’extension et la clôture de la propriété Rothschild en 1858-1860 y avaient aussi contribué. La partie dite «Château Buchillot» remonte au début du XVIIIème siècle.

Auprès de la rue des Menus, il y avait jadis plus de constructions qu’aujourd’hui. Certaines étaient fort anciennes, ainsi le logis du gruyer du Bois de Boulogne et la cour du Donjon. Il s’agissait de maisons devenues misérables avec le temps. Quelques-unes subsistent, d’un pittoresque relatif. 

Rue d’Aguesseau

Du 67 avenue Jean-Baptiste Clément, au 7 rue de la Pyramide.
Longueur: 1170 mètres - Largeur: 10 mètres.

Contrairement à la légende, cette rue ne doit rien au chancelier d’Aguesseau, dont la propriété se trouvait près de l’église d’ Auteuil, où son tombeau existe toujours en face de celle-ci. Il y avait à Boulogne, vers 1660, un beau domaine, qui subsista intact jusqu’en 1806, compris entre la Grande rue et la rue de Paris, d’une part, la rue de Billancourt et l’emplacement de la rue Fessart, de l’autre. Sous Louis XIV il appartenait à Messire Pierre Deschiens, homme de finances et semble-t-il, ancien intendant, seigneur de Valcourt et autres lieux, qui lui avait donné le nom de fief de Valcourt. Ses descendants le vendirent, vers 1770, à un sieur Caqué, architecte, qui l’appela fief de Maisonneuve. Nous ignorons si cette qualification de «fief» correspondait à une réalité juridique, alors que l’abbaye de Montmartre était seul seigneur de Boulogne.

Le domaine ne fut pas touché par la Révolution. Au début de l’Empire, on le désigne sous le nom de «Parc Impérial»: peut-être fut-il loué à un personnage de la Cour. Il appartenait alors aux héritiers de Caqué, les trois frères Froidefond, qui le divisèrent en deux parties et le vendirent en 1806. Celle du côté de la rue de Billancourt fut acquise par la marquise d’Aguesseau, une autre par deux entrepreneurs de bâtiments, Furet et Joannot. En 1810, la noble dame et les deux roturiers s’entendirent pour séparer leurs parts par une rue, laquelle semble correspondre à l’ancienne allée centrale du parc. Cette rue aurait pu s’appeler Furet, ou Joannot, mais les gens du quartier trouvèrent sans doute l’appellation vulgaire et la marquise devint, sans le vouloir, la marraine de la rue, prolongée jusqu’à la route de la Reine par les riverains.

Le cadastre de 1825 montre de l’autre côté de la route un sentier qui se prolonge dans les terres et va rejoindre la rue de Billancourt. Peu à peu, les propriétaires de ce sentier en firent une rue. La nomenclature du 29 avril 1830 cite l’ancien chemin et dit qu’il se prolongeait autrefois jusqu’à la route de Versailles. Le 5 février 1835, le conseil municipal demande le classement de la rue neuve d’Aguesseau.

On eut donc deux rues d’Aguesseau, séparées par la route de la Reine, toutes deux de 8 mètres de largeur en 1835. On se refusa alors à les élargir en arguant de l’exemple de Paris mais surtout pour ne pas gêner les propriétaires. Ce n’est qu’en 1851 qu’un plan général d’alignement portera la largeur à 10 mètres.

La partie du domaine acquise par Pierre Joannot, maçon de profession, fut lotie par lui. Des blanchisseurs s’y établirent et la rue ne tarda pas à devenir un des centres de cette industrie, d’abord exclusivement sur un côté de la voie. La marquise, après avoir obtenu de la commune des réparations parce que des travaux d’aménagement avaient encaissé son mur (1817), mourut en 1823; son domaine passa à la marquise de Verdun, dame de la Cour de Charles X, dont les héritiers, gênés par les buanderies voisines, le vendirent par lots après 1830.

Les eaux des buanderies nécessitaient en 1827 la construction d’une chaussée «fendue», c’est à dire pourvue d’un simple caniveau axial de 1,30 mètre de largeur sur 0,30 mètre de profondeur, payé par les riverains, et qui était censé conduire les eaux au fossé de la Route de la Reine. On le remplaça en 1844 par une chaussée «bombée», prolongée en 1849 sur la rue Neuve.

A sa naissance sur la Grande rue, la rue d’Aguesseau était coincée entre deux maisons plus anciennes qu’elle. On les acquit en 1837, l’une pour 12.000 francs, l’autre pour 20.000 francs, et on les démolit. A cette occasion, le conseil municipal déclare: «La rue d’Aguesseau est, avec la Grande rue, la plus importante et la plus fréquentée, tant par les voitures que par les personnes à pieds». Néanmoins, il juge que ses 8 mètres de largeur suffisent. 

Entre 1831 et 1840, la rue d’Aguesseau fut le principal théâtre de la singulière agitation de «l’Eglise française de l’abbé Châtel». Son principal sectateur, le vigneron Héret, aidé par les blanchisseurs, avait fait construire un temple dont la présence entraîna de multiples incidents entre partisans et adversaires. La police le ferma d’autorité en 1840, et les «catholiques français» cessèrent de faire parler d’eux, tout au moins dans les textes que nous connaissons. Héret mourut en 1852. Les Joannot étaient aussi des fidèles. A côté du temple se trouvait la salle de bal de Léveillé, qui fut adjoint au maire en 1832 et 1844 et conseillé municipal entre 1831 et 1859, date de sa mort. Il était, dit-on, franc-maçon, et paraît avoir été favorable au schisme.

Léveillé présidait aux fêtes publiques et sa salle de bal s’accompagna d’un théâtre qui ne réussit pas. Son successeur Dziedzic fut une manière de célébrité. Il disposait là de deux grandes salles qu’on pouvait réunir en une seule, où se tenaient entre 1868 et 1891, toutes les assemblées publiques, festivals et réunions politiques de la commune.

La disparition de ce «casino de Boulogne» causa un vide et fut la principale cause de la construction de la salle des fêtes. Sur son emplacement le curé de Boulogne fit édifier l’école paroissiale de garçons.

Non loin de la salle Dziedzic se trouvait une pension scolaire assez importante tenue par Monsieur Esnault. En 1885, le poète Verlaine y tint l’emploi de répétiteur, succédant dans la place à un jeune homme dont il célébra les charmes dans ses oeuvres. 

Parmi les établissements de blanchisseurs, s’installa au n°101, vers 1860, le plus important «lavoir» de Boulogne, celui des Guibert, précédemment établis rue du Chemin Vert. Encore en 1910, on pouvait voir, à l’angle de la route de la Reine et de la rue, une agglomération de femmes attendant par n’importe quel temps, dès 5 heures du matin, un embauchage problématique des blanchisseurs occupant (louant) le lavoir. Au n°14 se trouvait le lavoir Malavialle, où des explosions de chaudières catastrophiques se produisirent en 1894 et 1899. Au n°89, à l’angle de la route de la Reine, le café portait, avant 1914, les dates de 1609-1896 avec l’image d’un mousquetaire et une inscription en latin célébrant le bon vin. La tradition voulait que les mousquetaires l’aient fréquenté jadis, ce qui est fort douteux, tout au moins à cet emplacement.

Le 10 janvier 1865, le conseil municipal avait constaté que les deux rues n’en faisaient en réalité qu’une et qu’elles portaient le même nom d’Aguesseau. Durant longtemps le «populaire» l’appela simplement «l’Aguesseau».

On parla longtemps de la prolonger jusqu’à la route de Versailles [Edouard Vaillant] sans aboutir. Un beau jour, on cessa même d’y penser.

Cette rue, qui fut cent ans durant le centre de l’industrie du blanchissage du linge, est aujourd’hui [1962] presque vide de buanderies. La plupart des ateliers subsistent et sont occupés par d’autres industries, généralement bruyantes. La rue est une des plus encombrées de la commune. Dans le paradis qui reçoit les conseillers municipaux, ceux de 1835 ont bonne mine avec leur 8 mètres de largeur! 

Rue Alfred Laurant

Du 81 avenue Jean-Baptiste Clément, au 20 rue Escudier.
Longueur: 185 mètres - Largeur: 12,05 mètres.

Le 24 décembre 1900, MM.Lévy-Picard et Bloch écrivaient au maire pour l’informer qu’ils se proposaient de lotir la propriété de M. Pouret, 81 Grande Rue, autrefois occupée par le notaire Danvin, avec le concours de MM. Bosquet, architectes, déjà acquéreurs de deux lots. Leur intention était d’amorcer une voie en partant de la Grande Rue et ils pensaient que la municipalité pourrait la prolonger jusqu’à la rue Escudier et éventuellement la raccorder avec la rue de la Paix à travers des propriétés non pourvues de constructions.

Le maire, M. Lagneau, accepta en principe. Le 22 mars 1911, il signait une convention avec le fleuriste Bernardon qui occupait une partie du terrain Lecointe en vertu d’un bail récent en lui accordant 21.000 francs pour son éviction. Ce terrain séparait la propriété Lévy-Bloch de la rue Escudier.

Le 25 juillet suivant, MM. Lévy et Bloch, s’engageaient à céder le sol de leur impasse et à verser 32000 francs pour participer aux frais de mise en viabilité.

Le propriétaire du terrain intermédiaire, M. Beaugrand, se refusa à céder ses 683 mètres carrés et refusa les 6000 francs que la ville lui en offrait. Il en exigeait 76613, 10 francs. On était loin de compte... La municipalité avait basé son prix sur la plus-value certaine du reste de la propriété, soit 2295 mètres carrés avec deux grandes facades sur les rues. Elle estimait que ce reste, avec une plus-value de 10 francs, vaudrait alors 40 francs le mètre carré.

Le litige qui s’éleva amena la municipalité à se documenter sur le prix des terrains voisins. Lévy et Bloch avaient acquis le terrain Pouret de 4828 mètres carrés en 1909 pour 115900 francs (24 francs). Il y avait une construction à démolir. Ce percement leur faisait perdre, compte tenu de leur subvention, 86288 francs, mais ils avaient revendu le surplus 55 francs en moyenne - 100 francs sur la Grande Rue. En août 1912, un terrain, 42 rue de l’Est, de 1.000 mètres carrés, avait été vendu 35.000 francs ; en novembre 1912, un autre de 1973 mètres, 18 rue Escudier: 79.700 francs (40 francs). Ce quartier était alors, à beaucoup près, plus recherché que les fonds de Billancourt où l’on trouvait du terrain à 10 francs. 

Le classement fut décidé par le conseil municipal le 16 février 1912. l’expropriation fut prononcée en 1913 pour les 385 mètres de M. Beaugrand.

La rue ne fut ouverte à la circulation des piétons que le 29 février 1920 après l’expiration du bail ; la viabilité suivit. Des immeubles importants avaient déjà été construits. L’un d’eux, demeuré en panne du fait de la guerre, fut acquis après celle-ci par l’office départemental des H.B.M qui fit là une de ses premières opérations à Boulogne.

Le nom d’ Alfred Laurant, donné par le conseil municipal le 28 février 1913, fut approuvé par décret du 7 septembre 1913. Alfred Laurant (1825-1912) avait été établi pharmacien dans la Grande Rue dès 1850. Conseiller municipal de 1859 à 1869, il s’était toujours intéressé aux questions scolaires et avait présidé la délégation cantonale et l’Association philotechnique. Il passait pour le fondateur de cette dernière et de la bibliothèque municipale en 1864, mais c’est là un titre que d’autres ont aussi revendiqué. En 1869, il avait élaboré les statuts de la caisse des Ecoles dont le projet ne fut repris que dix ans après. Il avait été administrateur de cet établissement et du bureau de bienfaisance.

Quai Alphonse Le Gallo

Ancien quai de Boulogne.
Du pont de Sèvres au pont de Saint Cloud.
Longueur: 1400 mètres - Largeur: 16 à 20 mètres.

Le chemin de halage ou plus exactement de contre-halage avait été classé entre les ponts de Sèvres et de Saint Cloud en 1830 dans la catégorie des chemins vicinaux avec une largeur théorique de 10 mètres. Il était très peu utilisé et les propriétaires riverains ne le respectaient guère. En 1846, on l’améliora un peu «malgré l’opposition de personnes fortunées «comme il est dit au conseil municipal le 3 mai. Il s’agissait des possesseurs des belles maisons récemment édifiées en façade sur la rue de Sèvres qu’on venait d’exhausser et dont les jardins descendaient directement jusqu’à la Seine.

Sous l’Empire, en 1864, un appontement fut construit près du pont de Saint Cloud pour les bateaux de la Cour Impériale qui résidait souvent à Saint Cloud et, à côté, des établissements de bains froids s’installèrent en même temps que l’on aménageait la partie correspondante du chemin qui prit le nom de Quai des Bains. On envisageait alors de prolonger le boulevard de l’Empereur depuis le pont de Saint-Cloud jusqu’au pont de Sèvres Le 21 février 1870 le maire écrivait à un propriétaire pour lui demander de se fixer à l’alignement du futur boulevard qui aurait 20 mètres de largeur si les riverains avaient accepté de participer à sa construction. 

Mais, entre la rue Legrand, percée en 1851, et le pont de Sèvres, les bords de la Seine étaient devenus des marécages putrides à la suite de dépôts de terre et de plâtras faits sans soin pour servir de remblais, ce dont se plaignaient en 1871 l’inspecteur de la Navigation. Ces dépôts arrêtaient le déversement de l’égout de la rue Legrand (rue Galliéni) et étaient constamment troublés par le passage des bateaux à vapeur. 

En 1878, on entreprit une double opération. D’une part on décida de construire un port à l’extrémité de la rue Legrand, d’autre part, on entreprit le prolongement du quai jusqu’au pont de Sèvres. Le port fut établi sur des déblais provenant de la démolition de l’avenue des Moulins (avenue de l’Opéra) et le conseil municipal dut s’engager à ne jamais réclamer la propriété du terrain ainsi fixé. Quant au quai, décidé comme le prolongement du chemin vicinal de grande communication n°39 par le Conseil général, le conseil municipal vota le 11 août 1878 la participation de la commune pour le cinquième de la dépense. Il était achevé, après le port, en 1882. Le 7 novembre 1882, le conseil municipal décidait de lui donner le nom de Boulevard du 4 septembre - qu’il prolongeait en fait -. mais le 29 juin 1892, tous les noms des voies en bordure de Seine étaient modifiés, et cette partie devenait le Quai de Boulogne.

Jusque vers 1890, l’endroit avait été presque exclusivement bordé de propriétés bourgeoises et de parcs. Des usines s’y établirent et notamment celle de la Compagnie des Eaux, des Buanderies de la Seine, des automobiles Gobron, etc..., beaucoup plus tard (1925) celle du Matériel Téléphonique. Le domaine du baron Adolphe de Rothschild, ancien chef de la banque de Naples, fermé en 1861, est devenu le Parc des sports municipal.

(Par décision du conseil municipal en date du 23 février 1965, le nom de Quai de Boulogne laissa place à celui de Quai Alphonse Le Gallo). 

Rue d’Alsace- Lorraine

Ancienne rue des Ariettes puis rue Bernard Palissy.
Du 8 avenue de Longchamp, au 15 boulevard Anatole France.
Longueur: 215 mètres - Largeur: 12 mètres.

Un acte de 1608 fait mention du champ des Hériettes, d’autres des Ariettes, lieu-dit qui subsista encore au XIXème siècle. Le chemin de ronde extérieur du Bois de Boulogne, dans sa partie au-delà de la porte de Boulogne en remontant vers Longchamp, prit naturellement le nom de chemin des Ariettes, ce que le conseil municipal confirma en établissant la liste des chemins vicinaux en 1830. La liste de 1836 lui reconnaît une longueur de 280 mètres et une largeur - très théorique - de 10 mètres. Le 4 avril 1850, le conseil décidait de classer le chemin devenu rue des Ariettes dans la voierie urbaine. mais peu après, la ville de Paris annexait la plaine de Longchamp au Bois de Boulogne, dont les limites devenaient différentes. La rue fut supprimée, et son sol fut payé à la commune de Boulogne 1900, 55 francs pour une surface de 1083 mètres carrés, ce que notre conseil accepta le 30 août 1857. A peu près dans le même temps, Boulogne voulut installer son cimetière, chassé du Bois dans la plaine des Ariettes. mais on lui objecta que l’endroit avait servi aux déversements des eaux des blanchisseurs, et le préfet imposa l’emplacement de la Belle feuille. 

La ville de Paris acquit, d’ailleurs, une partie du quartier pour y aménager un Boulevard de ceinture (aujourd’hui Boulevard Anatole France), lequel correspond à son début, vers la Grande Rue, avec l’ancienne rue des Ariettes. Elle revendit l’excédent après avoir tracé une rue à laquelle les riverains donnèrent l’ancien nom; bien que son tracé ne correspondit en rien à l’ancien. 

La rue était restée propriété privée de la ville de Paris, qui imposa des servitudes analogues à celles du Parc des Princes. Le 14 juin 1882, les riverains, dans une pétition, demandèrent le classement de la voie en s’engageant à y faire la viabilité et à poser des appareils d’éclairage. Il en fut ainsi décidé. La ville de Paris renonça à ses droits, les servitudes subsistèrent. Le 20 juillet 1883, l’architecte voyer Billoret constatait la bonne exécution des travaux, le conseil entérinait le 3 août, en donnant à la rue le nom de Bernard Palissy, en mémoire du célèbre céramiste qui, dit-on, se serait caché dans le Bois de Boulogne lors de la Saint Barthélémy. Le préfet approuva le 17 janvier 1884. Le souvenir des Ariettes, qui rappelait sans doute des jeux d’enfants, disparut rapidement. 

Le 27 octobre 1884, M. Magne, ancien notaire, obtenait du conseil municipal l’autorisation d’établir un passage souterrain en vue de relier les deux parties de sa propriété, moyennant une redevance de 15 francs par an. Il habitait 15 boulevard de Boulogne. M. Magne présidait vers 1900 la société d’Horticulture. 

Un peu plus tard, le député Laloge, ancien instituteur de la rue Fessart, enrichi par la vente d’un apéritif, qui avait acquis la belle maison dite Villa de Longchamp, à l’angle du boulevard, se plaignit de la confusion que l’on faisait entre cette rue et la place Bernard Palissy. On en discuta au conseil le 8 décembre 1901. Le radical Vacherot plaida pour le nom de Claude Bernard, mais le maire Lagneau «intervint énergiquement» et fit adopter celui d’ Alsace-Lorraine. M. Lagneau, ancien officier et originaire de Metz, était hanté par le souvenir de son pays et grand partisan de la «revanche». Le préfet approuva le 10 mai 1902.

Boulevard Anatole France

Ancien boulevard de Boulogne
De la porte de Boulogne à la Seine.
Voie privée appartenant à la ville de Paris sur le territoire de Boulogne.
Longueur: 1270 mètres - Largeur: 20 mètres.

Cette voie a été établie en 1855 pour former la limite nouvelle du Bois de Boulogne après la réunion à celui-ci de la plaine de Longchamp. Elle fut alors dénommée .. «Boulevart» de Boulogne par la ville de Paris, propriétaire du sol à titre privé. 

L’emplacement de cette voie correspond en partie au «Grand Caniveau», égout à ciel ouvert qui amenait les eaux des blanchisseurs de la rue de La Rochefoucauld à la Seine depuis 1827, et à l’ancienne rue des Ariettes qui bordait l’ancien mur du Bois depuis la porte dite de Boulogne.

Le boulevard limite au Nord la propriété Rothschild, dite on ne sait trop pourquoi parc de Bailgu alors que ce nom était parfaitement inconnu jusqu’en 1950!  en face de laquelle se trouve la propriété qui appartint au comte d’Eu, petit- fils de Louis-Philippe, époux de la fille du dernier empereur du Brésil Pédro II, renversé en 1888.

Depuis 1893, la canalisation des eaux de l’Avre suit ce parcours après avoir traversé la Seine sur une passerelle.

Le nom d’ Anatole France résulte du fait suivant: le 5 décembre 1924, le conseil municipal de Boulogne avait demandé que la route départementale n° 3, de la grille de Boulogne à la porte d’Auteuil fut ainsi dénommée. mais presque aussitôt, la ville de Paris annexa le Bois de Boulogne à son territoire, y compris le dit Boulevard. Le conseil municipal de Boulogne se rabattit alors sur le Boulevard de Boulogne pour honorer l’auteur de «Crainquebille».

Il est à noter que la dite route départementale n°3 prit le nom de «Boulevart d’Auteuil». 

Rue de l’Ancienne Mairie

Anciennement rue de la mairie.
Du 121 de la rue de Paris au 154 rue du Général Galliéni.
Longueur: 610 mètres - Largeur: 12 mètres.

Dans les temps anciens, l’endroit faisait partie de la seigneurie de Saint Cloud et l’emplacement de notre rue était marqué par une sente qui desservait les champs et se terminait en impasse. Elle portait le nom évocateur de sente des Gueuses ou des Madelonnettes ou encore de la Madeleine. Comme il n’y a jamais eu de couvent de ce côté, on ne peut que penser à une fréquentation de ces femmes «folles de leur corps» dont parlent les vieux auteurs.

La révolution de 1848, c’est assez curieux, favorisa ce qu’on est obligé d’appeler une «entourloupette». La commune de Boulogne manquait d’argent pour subvenir à ses «ateliers nationaux». Pour 2500 francs elle vendit la sente au propriétaire voisin. Le 8 juillet, le conseil municipal dûment autorisé à cet effet par le citoyen Marrast, représentant du peuple, maire de Paris et faisant fonction de préfet de la Seine, approuvait l’arrêté pris le 8 juin par le citoyen maire Ollive, par lequel celui-ci cédait au «citoyen Guaïta» le terrain de cette sente de la Madeleine, ayant entrée Route de la Reine, «appartenant à la commune depuis un temps immémorial». M. de Guaïta, lorsqu’il eut cessé d’être citoyen, édifia à l’ancien débouché une chapelle privée, sans doute pour chasser les fantômes des filles de mauvaise vie d’autrefois. 

Il est assez curieux que les riverains aient attendu la mort de M. de Guaïta, personnage qui semble avoir eu de belles relations, pour réclamer... près de 20 ans après. Le 25 juin 1866, 31 d’entre eux écrivaient au maire en protestant contre la dite vente, cession illégale attendu que le sol leur appartenait et qu’on les avait privés de leur débouché sur la Route. En compensation ils demandaient une rue de 12 mètres en payant tous les frais ; L’opération aurait coupé en deux la propriété et comme les héritiers de Guaïta étaient des gens de la cour Impériale, il n’y eut aucune suite. On reparla de l’affaire en 1880 lorsque la ville acheta le domaine pour y établir la mairie.

Le 17 mai 1881, le conseil municipal décida d’ouvrir une rue qui aurait été de la route de la Reine à la route de Versailles, mais qui pour le début séparerait le parc de la mairie des écoles qu’on se proposait d’édifier. On manquait de fonds. Pour ne pas modifier le nom ancien de la rue de Billancourt, on donna le nom de rue de la mairie à la nouvelle rue, encore que la mairie ne fut pas de ce côté. La précédente rue de la mairie fut débaptisée et appelée rue de Buzenval. C’est aujourd’hui la rue Anna Jacquin. La chapelle fut démolie et on tira 200 francs des matériaux. Une parcelle triangulaire de 817 mètres carrés en excès, 109 route de la Reine, fut revendue en 1882 à 27 francs le mètre carré. Les écoles furent ouvertes en 1886. 

De l’autre côté de la route se trouvait une autre belle propriété qui remontait au percement de la route en 1786, et avait appartenu successivement à la famille du Charnois, au maire Sciard, et à M. Gracien. Acquise par la société Talamon qui se proposait de la lotir, elle fut dotée d’une voie privée qui aboutissait rue de Paris. M. Delisle, au nom de la société, l’offrit au conseil qui l’accepta le 8 février 1882. Cette rue se trouvait dans le prolongement de la rue de la mairie, et elle en prit le nom. Le préfet de la Seine approuva les deux portions de la rue les 22 mars et 21 juin 1883.

La rue s’arrêtait alors rue de Châteaudun. On entama des pourparlers avec les propriétaires, qui se montrèrent plus exigeants qu’en 1866, notamment un blanchisseur dont le séchoir débordait de 4 mètres sur le tracé. Certains conseillers se montrèrent hostiles et l’un d’eux M. Beaucourt, proposa de garder l’argent pour un hôpital. Finalement les accords avec les propriétaires furent entérinés par le conseil le 14 novembre 1886, et par le préfet le 30 décembre. Le prix du mètre variait entre 2,75 et 30 francs, (moyenne 15 francs). La dépense était prévue pour 51.724 francs, dont 32.093 francs pour les terrains. Le préfet classa cette partie le 4 mai 1887. 

La même délibération du 14 novembre 1886 avait maintenu le principe du prolongement jusqu’à la Route de Versailles. Or, un entrepreneur très... entreprenant, M. Cacheux, avait prévu le coup et acquis des terrains sur le parcours qu’il se proposait de lotir. Mais ses prétentions se heurtèrent assez brutalement au maire Liot qu’il accusa de mauvais procédés. Il finit par offrir, le 27 août 1890, le sol de la rue à percer, sur la partie lui appartenant et une largeur de 12 mètres, au prix de 5 francs le mètre carré, exigeant l’acceptation dans le mois et la mise en viabilité aux frais de la commune dans les 3 ans. Le conseil ajourna puis laissa tomber. Cependant, le 7 septembre 1891, il vota 10 centimes pour le prolongement, la dépense étant évaluée à 81770, 54 francs. Le préfet approuva le 16 décembre. Mais, en 1892, un nouveau conseil municipal fut élu qui ne donna aucune suite à l’affaire, laquelle n’a jamais été reprise.

En 1907, la Paroisse de Boulogne installa, au 62 rue de la mairie, une chapelle provisoire confiée au R.P. Lieubray, et en 1912, un bâtiment en dur fut construit, remplacé par le bâtiment actuel après la création de la paroisse Sainte Thérèse confiée au R.P. Lieubray (1927).

Vers 1925, le peintre Juan Gris, un des créateurs du cubisme, habita cette rue auprès du marchand de tableaux bien connu Kahnweiler, un des «lanceurs» de la peinture moderne, et de l’écrivain surréaliste Michel Leiris.

Le déplacement de la mairie en 1934 entraîna la modification du nom de la rue qui, en vertu d’une délibération du 8 novembre 1935, approuvée le 2 décembre, devint rue de l’Ancienne mairie. En 1938, le Boulevard de la République coupa cette rue.

A côté de l’Eglise, le M.R.U. a édifié un groupe de constructions entre 1948 et 1951 (entourant l'actuel square Farman).

Square de l’Ancienne Mairie

L’origine de la propriété remonte à 1793 ou environ. Elle appartint jusqu’en 1815 à un négociant parisien nommé Camus, qui fut sans doute le constructeur de la maison de style Empire qui abrita la mairie de 1880 à 1934. La propriété fut considérablement agrandie sous Louis-Philippe par M. de Guaïta, personnage «international» qui fut bien en cour sous Napoléon III. Le domaine fut acquis en 1880 par la Commune. Outre l’installation de la mairie, la Municipalité y perca deux rues et y construisit un Groupe Scolaire. Ainsi réduit de moitié, le Parc a subsisté tel quel depuis avec quelques aménagements intérieurs. L’ancien bâtiment a été démoli en 1947!  
(Une crèche est venue s’installer sur une partie du parc.)

Rue Anna Jacquin

Anciennement rue de la Mairie puis rue de Buzenval. 
De la rue de Montmorency au quai du 4 septembre
Longueur: 510 mètres - Largeur: 10 mètres.

En 1845, la mairie, qui se trouvait logée dans un bâtiment accolé à l’Eglise, fut transférée dans une propriété de la rue de Montmorency appartenant à la baronne Daumont. La maison, construite vers 1770 par l’architecte entrepreneur Foucart, auteur de cinq hôtels qui subsistent encore dans cette rue, fut aménagée et conserva cette destination jusqu’en 1880. Occupée jusqu’en 1886 par une école de garçons et un asile maternel, puis utilisée pour les réunions et aussi, dès 1892, comme bourse du travail, elle fut échangée en 1895 pour l’ancien hôtel de Narbonne en vue de la construction de la Salle des Fêtes. Le maire Ollive, en 1845, fit revendre des terrains en excédent et utilisa une partie du reste pour amorcer une rue qu’il fit prolonger jusqu’à la Seine, alors bordée par le chemin de halage. La rue prit naturellement le nom de rue de la mairie, de même que l’emplacement en face fut dénommé place de la mairie.

Après le transfert de la mairie rue de Billancourt, ces noms furent changés. La rue de la mairie devint la rue de Buzenval pour commémorer la bataille livrée en face de Boulogne le 19 janvier 1871 et à laquelle prirent part des gardes nationaux de notre ville. La place de la mairie devint la place Bernard Palissy, plus tard. Jusqu’à la guerre de 1914, les habitants de Boulogne gardèrent le souvenir de la «dernière guerre» et beaucoup participèrent chaque année au cortège qui montait à Buzenval pour commémorer la bataille.

La guerre de 1914-1918 fit sombrer dans l’oubli le souvenir de Buzenval...

En 1938, le conseil municipal décida que la rue de Buzenval porterait le nom de Madame Anna Jacquin, bienfaitrice de la maison de repos des vieillards. 

Sente de l’Archevêque

Voie privée disparue. 

En 1843, 35 propriétaires réclament parce que MM. Lestiboudois et Lecouturier ont fermé la sente appelée autrefois sente de l’Archevêque. L’architecte voyer du Département atteste l’existence de ce chemin mais ne peut dire où il commençait et se terminait. Il est indiqué que cette sente séparait les propriétés des usurpateurs de celle de M. Legrand, ce qui la situe non loin de notre rue Galliéni dans sa partie dite précédemment rue Legrand. Elle débouchait vraisemblablement sur la rue de Sèvres, peut-être vers la Chaussée du Pont. Son nom indique une origine antérieure à 1789 et rappelle l’époque où l’ Archevêque de Paris, seigneur de Saint Cloud, percevait les droits féodaux de ce côté de la Seine

Boulevard d’Auteuil

De la Porte Molitor à la rue Denfert Rochereau. 
Voie privée appartenant à la ville de Paris et sur le territoire de cette ville.
Longueur: 770 mètres - Largeur: 20 mètres. 

Depuis 1925, le Boulevard d’Auteuil forme limite entre Paris et Boulogne. Les immeubles sont situés sur notre territoire.(Une plaque où il était dénommé «Boulevart» existait il y a peu de temps encore derrière la piscine Molitor d’hiver, hélas! elle aussi a disparu).

Cette voie correspond à peu près à l’ancienne allée des Chênes ou des Dames du vieux Bois de Boulogne, qui n’avait pas d’issue et se terminait devant le mur de clôture ; ce mur qui «suffoquait» Haussmann.

Ce fut ce dernier qui créa le Parc des Princes actuel et lui donna pour limite le boulevard d’ Auteuil, établi pour la circonstance en 1855 avec son parcours actuel. Mais en ce temps il n’ aboutissait qu’au fossé des fortifications. Bien que faisant partie du domaine privé de la ville de Paris - et compris à ce titre dans le Bois de Boulogne en tant que gestion - il se trouva entièrement inclus sur le territoire communal de Boulogne, en 1860. En 1855, la nouvelle clôture du Bois de Boulogne, en tant que promenade, fut formée par un fossé dit  «saut du loup», interrompu par la nouvelle porte des Princes à la hauteur de la route du même nom, aujourd’hui avenue Victor Hugo, et Gordon-Bennett (maintenant Robert Schuman). En 1873, pour une raison d’octroi, on reporta cette limite et la porta à son emplacement actuel, et le saut de loup fut comblé.

Le boulevard d’Auteuil limitait le lotissement du «Parc des Princes» et les immeubles furent soumis aux servitudes spéciales imposées par la ville de Paris en 1855-1856, qui subsistent toujours et ont même été aggravées par des mesures récentes d’urbanisme.

Le territoire compris entre le boulevard d’Auteuil et la clôture de 1873 du Bois de Boulogne, connu sous le nom de Fonds des Princes, demeura longtemps à l’abandon en raison de l’indécision qui régnait sur les deux projets, l’un concernant le report de la fortification de Paris au long du Bois en direction de la Seine, l’autre relatif au prolongement du chemin de fer d’Auteuil sur Longchamp. Le premier projet fut abandonné en 1895, ce qui permit d’établir le fleuriste municipal, puis de percer la Porte Molitor, en 1900, donnant ainsi une issue au Boulevard d’ Auteuil.

Le professeur Marey avait eu là, dès 1860, un laboratoire où il se livra «à des études». L’invention du cinématographe a réellement été faite à cet endroit en 1890. C’est en tant qu’inventeur du cinématographe que le conseil municipal de Boulogne avait demandé en 1939 que le nom de Marey fut donné au boulevard d’ Auteuil. Mais cette voie appartenait à la ville de Paris et le préfet souleva des objections.

Parmi les beaux hôtels qui bordent le boulevard, il en est un qui fut connu sous le nom de «maison Persane». Sa belle décoration polychrome, disparue du fait des injures du temps, était due au céramiste Collinot, qui habita cette maison et y mourut en 1889. Le peintre Roybet eut un hôtel sur le boulevard vers 1880. L’école de musique Niedermayer, longtemps réputée, y eut aussi son siège entre 1897 et la guerre de 1914 ; comme plus tard l’école Russe et l’école Américaine. Y habitaient également le savant Georges Claude, l’industriel Odelin, et Jacques Duboin, théoricien de l’abondance (économiste «distingué» père de l’économie distributive , auteur de « Kou l’Ahuri» et «La Grande Révolution qui vient» ) .

Sente des Aveugles

Au 118 rue Galliéni, se termine en impasse.

Cette voie privée est un reliquat d’un chemin dit «des Aveugles», dont la plus grande partie a formé la rue Paul Bert. Elle communiquait jadis avec la rue d’Aguesseau et fut longtemps (vers 1850) un refuge de miséreux.

(La construction du centre ville l'a fait disparaître. Elle se situait à l'emplacement de l'actuelle galerie marchande « Les Passages» ).

Passerelle de l’Avre

A été construite en 1893 pour porter les canalisations conduisant les eaux de la source de l’Avre à la Ville de Paris, et accessoirement comme passage de piétons. 

On la remplacera probablement un jour par un pont sans doute important si, comme on peut le supposer, il donne accès à un double de l’autoroute de l’Ouest. (Ecrit rappelons-le en 1962, comme quoi les suppositions ne sont pas toujours un reflet exact de la réalité de demain) .

Rue du Bac

Du 5 rue des Menus au 4 rue des Victoires.
Longueur: 91 mètres - Largeur: 8 mètres.

La dénomination de cette rue apparaît aujourd’hui singulière. Or, un texte de 1715 cite la rue de l’Abreuvoir en disant qu’elle s’appelait «jadis rue du Bacq». On est ainsi amené à penser que notre rue de l’ Abreuvoir prenait naissance autrefois par notre rue du Bac actuelle et que celle-ci, pour une raison inconnue mais probablement par suite d’un accaparement fait par un propriétaire, ce dont on connaît d’autres exemples, s’est trouvée modifiée dans son parcours. Il se peut aussi que, au temps des guerres de religion, on ait entouré le village des Menus de fortifications et que la position d’une porte ait modifié celle du chemin du Bac. 

Quoi qu’il en soit, notre rue du Bac est citée comme chemin vicinal en 1810. En 1835, on veut la classer avec 15 mètres de largeur mais en 1852, on se contente de 8, alors qu’entre temps, en 1849, le conseil municipal constate qu’elle n’a que 5,40 mètres, en décidant de la pourvoir d’une «chaussée bombée».

Rue Bartholdi

Du 28 rue des Tilleuls au 48 rue de La Rochefoucauld.
Longueur: 172 mètres - Largeur: 12 mètres.

En 1904, le conseil municipal décida l’aménagement du quadrilatère formé par les rues Gambetta, des Tilleuls, Escudier, et Denfert-Rochereau, sur le plateau des Guérets. Il envisagea de débuter l’opération en donnant un débouché à la rue de l’Est pour lui permettre d’atteindre la porte du Bois de Boulogne (28 février 1904).

«Malheureusement, la voie qui devait être exécutée dans le prolongement de la rue de l’Est ne put l’être comme on l’aurait désiré en raison des dépenses considérables qu’entraînerait l’achat des propriétés à traverser». Et c’est pourquoi on a adopté un tracé qui donne «un dégagement à la rue de l’Est et à la rue Escudier, pour rejoindre la rue de Larochefoucauld, voie réclamée depuis longtemps». Et il est décidé d’ouvrir cette voie qui aura 12 mètres de largeur après l’acquisition à l’amiable de deux propriétés, l’une pour 77.000 francs et l’autre pour 14.000 francs, et de la mettre en état de viabilité (11.000 francs), soit au total une dépense de 102.000 francs. Le préfet de la Seine approuva le 2 août 1904 en spécifiant qu’il s’agissait de «la rue de l’Est prolongée», qui, en fait, ne prolongeait rien du tout! 

Cette opération souleva beaucoup de critiques, particulièrement de la part des conseillers de Billancourt, à qui le maire et la majorité des élus refusaient «des travaux plus utiles». On prétendit que cet étrange tracé avantageait certains amis du maire. Ce terrain avait été payé au prix normal de 20 francs le mètre carré nu ; il restait un excédent de 620 mètres carrés qui fut cédé à un riverain pour 22948 francs (soit 37 francs le mètre carré). La commune n’y perdait pas, mais l’acquéreur devenait riverain de la nouvelle voie sur presque toute sa longueur, sans avoir payé la viabilité. Des esprits malveillants remarquaient que l’intéressé entra au conseil municipal et fut même élu conseiller d’arrondissement en 1912.

Le 4 mai 1906, le maire fit décider de dénommer la voie rue Bartholdi, «célèbre statuaire français, né en 1834, mort en 1904». Un décret du 9 avril approuva. Cet hommage avait plus un caractère politique qu’ esthétique. M. Lagneau, maire, ancien capitaine d’artillerie et d’ opinions très militaires, honorait l’auteur de monuments remarquables par l’esprit patriotique plutôt que l’artiste assez discuté. On a dit que Bartholdi avait eu un atelier à Boulogne ; nous n’en savons rien de précis, sauf que l’ingénieur qui fondit la fameuse Liberté dans une usine de Grenelle, M. Gaget, habitait la rue Gutenberg. Quelques mois avant sa mort, Bartholdi avait fait une conférence à la Salle des Fêtes sur la «sculpture monumentale».

Conformément au programme primitif, dans une certaine mesure tout au moins, le conseil municipal décida le 12 juin 1914, avec l’accord des riverains, de prolonger la rue Bartholdi vers la rue Denfert-Rochereau. La guerre de 1914, a enterré la question.

Dans cette rue a été fondée la revue de l’Architecture d’Aujourd’hui, dont le premier éditeur, Honoré Bloch, conseiller municipal élu en 1936, déporté comme juif, est mort à Auschwitz ainsi que sa femme. 

Rue de la Belle Feuille

Du 55, route de la Reine au 106, avenue Victor Hugo.
Longueur: 370 mètres - Largeur: 12 mètres.

«La Belle Feuille» figure comme lieu-dit sur un acte de partage de 1779. Le cadastre de 1825 mentionne «Les Belles Feuilles» avec un chemin sur le plan qui correspond à la rue actuelle. En 1830, la liste des chemins vicinaux mentionne celui de «la Belle Feuille» et le singulier restera. Les listes ultérieures font une confusion avec le chemin des Chaussières. En 1836, il est dit que la sente de la Belle Feuille a une longueur de 550 mètres (!), et une largeur de 6 mètres. Une délibération du 22 janvier 1837 assure qu’elle a été déclassée par le sous préfet, mais le 3 mars 1850, le conseil repousse une demande des propriétaires qui veulent la supprimer et il demande au contraire son classement comme chemin vicinal. Sous le nom de sente de la Belle Feuille, elle demeura dans son aspect champêtre jusqu’après 1914, bordée de feuillages masquant les maisons presque complètement, apparence qui aurait été tout à fait agréable si, comme le disait une pétition de 1897, «l’hygiène et la morale n’y était outragées chaque jour»

Ce ne fut pas cette raison qui amena le maire Lagneau à amorcer une rue vers la Route de la Reine, mais la nécessité de dégager les bâtiments annexes de la justice de paix édifiés vers 1908. Conformément à ses habitudes de stricte économie le maire se contenta de cette ébauche. Il avait acquis pour cela de l’ancien marbrier Puech des terrains et un bâtiment d’une superficie de 1482 mètres carrés pour 83000 francs.

Le 12 novembre 1923, le conseil municipal demanda le classement du reste de la partie entre la route de la Reine et la rue Galliéni. Le préfet accepta le 20 mai 1924. Le 30 juillet 1925, même demande pour prolonger jusqu’à l’avenue Victor Hugo, mais l’opposition d’un propriétaire imposa l’expropriation et un décret d’utilité publique (23 février 1928). La viabilité fut faite en 1930. Vers la Route de la Reine l’élargissement à 12 mètres ne put être fait qu’en 1958.

La sente est devenue officiellement rue en vertu d’une délibération du 27 mars 1929 approuvée par le préfet le 17 mai. * (Bien qu’il y ait eu amorce de rue, tant du côté de la Route de la Reine que du côté de la rue Galliéni, la «Sente» subsista jusqu’en 1958, au moment de la construction du Centre Culturel.). 

Rue de Bellevue

Ancienne rue de la Maladrerie.
De la rue de Paris à l’avenue du Général Leclerc.
Longueur: 1150 mètres - Largeur: 10 mètres

La Maladrerie, ou Léproserie, qui se trouvait entre la Grande Rue et la rue de Paris, aurait été fondée en 1189 - ou avant - par un évêque de Paris Devenne ; propriété des Hospices de Saint Cloud, elle comportait des terrains et des bâtiments qui appartenaient encore à cet établissement il y a peu de temps.

Les plans du XVIII ème siècle indiquent un chemin de terre qui correspond à peu près à notre rue actuelle et qui, en descendant vers le sud, va rejoindre le Chemin Vert en direction de l’ancien pont de Sèvres.

Son importance minime explique que les entrepreneurs du nouveau pont n’aient pas hésité à creuser sur son parcours une carrière pour en extraire sables et cailloux sans même prendre le soin de la combler, comme l’avaient fait à l’autre extrémité ceux de la nouvelle Route de la Reine. Les riverains ne s’en plaignirent pas tous, car certains d’entre eux en avaient profité pour accaparer les parties du chemin au droit de leurs propriétés.

Mais lorsque le maire Vauthier voulut, en 1810, céder le vieux chemin de Paris à un sieur Picache, les Hospices de Saint Cloud revendiquèrent une partie de l’ancien chemin de la Maladrerie. On en discuta longtemps. En 1822, un accord fut passé entre les maires de Saint Cloud et de Boulogne, par lequel la commune de Boulogne accepta d’entretenir la rue dans la partie où celle-ci divisait les biens des Hospices. La commission administrative de ces hospices, pour marquer son droit, avait décidé que la rue porterait le nom de rue de l’Hospice de Saint Cloud, ce dont Boulogne ne tint aucun compte. Notons qu’un ancien plan de 1785 désigne un chemin qui paraît correspondre à celui-ci sous le nom de «rue des Chaudronniers».

A l’autre bout de l’ancien chemin, la construction de la nouvelle Route de Versailles avait rendu inutile la section au-delà de celle-ci. En 1828, le conseil municipal la céda à Collas-Bigeon, frère cadet du futur maire Collas. 

Il restait à débloquer les parties du chemin accaparées par certains propriétaires. On y renonça pour envisager une liaison par une traverse avec la rue de Silly, puis après un long litige avec le plus important, nommé Joyeux, on réussit à rétablir le chemin. Un poteau fut planté avec l’indication: «cette portion de rue est maintenant affectée comme décharge publique». Les trous comblés, le chemin fut considéré comme rétabli (1842) sous le nom de «rue Neuve de la Maladrerie». Vers le haut, on avait, en 1839, commencé une»chaussée bombée» avec un seul caniveau «quant à présent»  en spécifiant: «si plus tard les propriétaires en décident un autre, ce sera à leurs frais». On commença un trottoir en 1852, un égout en 1854 ; Des buanderies s’étaient déjà fixées dans la rue vers 1840.

Le 18 septembre 1868, le conseil municipal décide que la rue portera le nom de Rue de Bellevue parce qu’«un grand nombre de propriétaires demandent le changement, prétendant que l’ancien nom serait une cause de défaveur pour leurs propriétés». Le maire de l’époque, Dobelin, qui habitait au n° 10, était sûrement de cet avis. Le nouveau nom avait été choisi, selon la méthode assez simpliste du temps, uniquement parce que les côteaux de Bellevue se voyaient dans le lointain. 

L’extrémité de la rue qui correspondait plus spécialement à la Maladrerie a été déclassée en 1946 et cédée l’année suivante aux Studios de Boulogne. L’air du pays n’est pas croyons-nous, favorable aux fantômes, sinon les milliers de lépreux qui furent inhumés dans le cimetière St.Laurent (dont on enleva les dernières pierres en 1807) en auraient délégué quelques-uns de temps à autres pour quelque figuration cinématographique.

Rue du Belvédère

Du 60 rue des Tourelles au 23 rue du Pavillon
Longueur: 179 mètres - Largeur: 13, 50 mètres

Dans les premiers temps du Parc des Princes, sous le second Empire, une belle maison fut édifiée dans un beau parc de la rue du Pavillon, qui abrita dit-on les amours du duc de Morny. La propriété devint plus tard le siège de l’Institution de jeunes filles Morel de Fos, qui y demeura de 1890 à 1920. Elle recevait surtout des jeunes filles d’origine étrangère. Vers 1925, elle a été transformée en clinique d’accouchement, la plus importante et aussi la mieux connue de tous les établissements de ce genre de la région parisienne. L’existence de la clinique du Docteur Desgranges a doublé le nombre des naissances annuelles de la ville de Boulogne, mais la plupart des mères ne sont pas des habitantes de celle-ci.

Quant à la rue du Belvédère, elle a été percée en 1926 par les frères Delamarre de Monchaux et le conseil municipal a accepté de l’incorporer à la voirie urbaine par délibération du 23 décembre 1930 approuvée par le préfet le 11 juin 1931. Cette décision fut critiquée à l’époque par un adversaire de la municipalité, qui argua l’insuffisance de largeur de la rue en dépit de l’existence d’une double bande grevée de servitudes non aedificandi. 

La famille Delamarre fut un des premiers acquéreurs du Parc des Princes vers 1856, et présida longtemps à l’organisation intérieure des propriétaires du Parc.

L’actrice Paulette Dubosc habita cette rue.

Rue Béranger

Ancienne impasse Gonnée.
Du 58 quai de Boulogne au 4 rue de Sèvres.
Longueur: 262 mètres - Largeur: 10 mètres.

L’endroit était jadis marécageux et souvent inondé, un contrebas de la Chaussée du Pont qui, en ce temps méritait amplement son nom. Les travaux du pont en 1810-1811 l’assainirent. A ce moment, un propriétaire nommé Gonnée amorça une impasse dans la rue de Sèvres en utilisant probablement une partie de l’ancienne sente de l’Archevêque. Vers 1825, les terrains plus proches du chemin de halage appartenaient à un propriétaire nommé Allais. Il en acquiert alors 648 mètres carrés pour 400 francs à un certain Sageret, 1279 mètres carrés pour 1800 francs à M. Quételle, 648 mètres carrés pour 800 francs à M. Gallot. Il s’agissait surtout de vignes. 

Le 10 février 1880, les 20 propriétaires de l’impasse sollicitèrent l’incorporation à la voie publique en offrant le terrain gratuitement, à la condition qu’il y soit fait un égout et qu’on la prolonge jusqu’au «quai des Bains» qu’on transformait à ce moment 

Le conseil municipal donna un avis favorable le 22 février 1880 puis le 6 janvier et le 17 mai 1881, que le préfet approuva en classant la rue le 8 septembre 1881. Cette acceptation d’une charge par la commune d’une voie sans utilité pour la circulation générale, ce qui était le critérium invoqué habituellement, apparaît exceptionnelle. 

La commune dut acquérir une partie de la propriété Allais pour le prolongement sur le quai et elle rétrocéda le 15 août 1880 à MM. Beriot et Thoison la partie de la sente en retour sur la Chaussée du Pont. 

Le nom de Béranger * fut donné à la rue par le conseil le 14 novembre 1881 en souvenir du chansonnier qui suivant Mahias, était venu parfois dans les «guinguettes» de Boulogne. Nous ne savons pourquoi 9 conseillers (contre 11) s’y étaient opposés. * (Il convient d’ajouter que Béranger se trouve être une très ancienne famille de Boulogne...)

Place Bernard Palissy

Ancienne place de la mairie.
Angle de l’avenue Jean Baptiste Clément et de la rue de Billancourt.

La place a été créée en 1845 en vue de dégager la mairie qu’on venait d’installer dans le bâtiment qui subsiste encore à l’angle des rues de Montmorency et Anna Jacquin. Il ne semble pas qu’on lui ait attribué officiellement le nom de place de la mairie, qu’on lui donna couramment. Elle fut le théatre de manifestations officielles entre 1845 et 1880 et notamment on y proclama la République en 1848 et 1870. 

En 1885, une copie de la statue de Bernard Palissy par Barrias fut élevée sur la place mais le nom de place Bernard Palissy ne lui fut donné officiellement par le conseil municipal que le 8 décembre 1901. Un décret du 27 janvier 1902 approuva cette délibération. 

La salle des fêtes a été édifiée en 1897 sur une propriété ancienne dite au XVIIIème siècle hôtel de Narbonne et auparavant Terre de Montmorency. 

Rue de Billancourt

De la place Bernard Palissy au 58 avenue du Général Leclerc.
Longueur: 1370 mètres - Largeur: 10 mètres.

L’origine de cet ancien chemin se perd «dans la nuit des temps». On le trouve indiqué sur les plus anciens plans de Boulogne qui ne remontent pas plus loin, d’ailleurs, qu’au début du XVIIIème siècle. Mais comme il faut bien admettre que les villageois de Boulogne avaient quelques communications, si rares fussent-elles, avec la ferme de Billancourt, ce chemin - ou cette piste - devait être très ancien. En outre, il desservait, si l’on peut dire, les fourches patibulaires qui se dressaient à l’angle sud- ouest de nos rues de Paris et de Billancourt, ce qui lui avait valu le nom de «chemin du Gibet». Le cadastre de 1860 mentionne encore le Gibet en tant que quartier ou lieu-dit. Cet épouvantail se trouvait sur le territoire de Saint Cloud et le chemin sur celui de Boulogne. En 1790, la commune de Boulogne, nouvellement créée, réunit les deux parties. La révolution débutait sous des auspices humanitaires et c’est pourquoi ce signe odieux de la féodalité fut démoli. Le compte du maire mentionne que l’on tira une ressource égale à 10 livres de la vente des bois. Il est curieux de constater que cet ornement marquait l’entrée de la seigneurie de Saint Cloud, dont le titulaire était l’Archevêque de Paris et que la Reine Marie-Antoinette en allant ou en revenant de son château de Saint Cloud, ait pu le contempler sans en être choquée. Celui d’ Auteuil, situé vers la rue Gudin, se trouvait aussi sur cette route.

Un arrêté d’alignement de l’An XI (1803) nous apprend que le chemin de Billancourt est très sinueux et qu’on en portera la largeur à 5 toises (9, 74 mètres) à la hauteur de la maison Camus, qui n’est autre que la future - et ancienne - mairie (1880-1934 Ce coquet bâtiment du premier Empire, avant de devenir un édifice municipal inconfortable, avait été la résidence d’été de gens éminents dont le plus remarquable fut M. de Guaïta, entre 1835 et 1866. 

En 1838, le conseil municipal émit l’avis suivant: «considérant que beaucoup de propriétaires ont construit sur l’ancien alignement de 8 mètres et, au surplus, que par sa position, la rue de Billancourt n’aura jamais une grande importance, qu’elle est peu fréquentée, que les maisons y ont peu d’élévation, qu’en conséquence la largeur de 8 mètres parait une garantie suffisante, tant pour la salubrité que pour la circulation» on peut se contenter de ces 8 mètres comme le fait la Ville de Paris et de même que pour la rue d’Aguesseau, qui est «une rue principale et de grande communication». Mais on ne dit pas que les principaux intéressés sont des conseillers municipaux et le maire Sciard lui-même, qui ont acquis des lots de la propriété de la Marquise de Verdun et qui tiennent à ne rien donner pour l’élargissement. On reviendra plus tard à 10 mètres. Ce lotissement de Verdun, débris de l’ancien «fief de Valcourt», explique que toute une partie de la rue ait été habitée «bourgeoisement»  alors que le reste se garnissait de buanderies vers 1830 - une douzaine en 1832 .

Un tombeau situé au milieu des terres se trouvait à l’emplacement des écoles. Le 7 février 1840, le conseil municipal décide de l’enlever «vu qu’il gêne la circulation, et blesse même les lois de l’équité. Il est situé sur une pièce de terre appartenant à M. de Rothschild et a été placé là à une époque où il n’y avait aucune habitation, sans enquête de commodo incommodo». La dite pièce de terre avait des dimensions réduites à celles du tombeau, ce qui signifie qu’elle avait eu cette seule destination. Nous supposons que le baron de Rothschild, alors consul général d’Autriche à Paris, en avait l’entretien parce qu’il s’agissait sans doute des corps de soldats étrangers morts à Boulogne durant l’occupation de 1815, circonstance qui expliquerait l’absence de l’enquête publique qui choquait les juristes de 1840.

Le développement de notre ville avait amené les blanchisseurs à construire à leurs frais en 1832 une chaussée «fendue» pour faire écouler les eaux sur la Route de la Reine. En 1844, elle devient une «chaussée bombée» et est prolongée. On fait des trottoirs en 1852, un égout en 1862. 

En 1880, la Ville achète pour 300.000 francs la propriété Lepetit - ex-Guaïta - et y établit la mairie. (à l’angle de la Route de la Reine et de la rue de Billancourt).

En 1891, nos conseillers municipaux sont scandalisés parce que l’entrepreneur Hoffmann, adjudicataire de l’enlèvement des ordures ménagères, au lieu de transporter celles-ci en dehors de la Ville, s’en sert pour combler ses carrières. On ne pensait plus à cette histoire en 1911, lorsqu’on acquit la propriété Hoffmann pour y édifier un groupe scolaire qui, commencé au début de 1914, ne put être achevé qu’en 1920. 

En 1908-1910, les premières usines d’aviation furent construites dans cette rue d’abord par Maurice Farman, puis par Esnault-Pelterie, et enfin par Henri Farman, lequel fusionna avec son frère peu après. Esnault-Pelterie, qui essaie là ses moteurs R.E.P., en soulevant l’ire des habitants du voisinage, abandonnera en 1913 faute de commandes, et vendra aux automobiles Schneider.

En 1932, la Compagnie du métropolitain vint élever un atelier près de la rue Galliéni et, pour le relier à la ligne n°9, construit un souterrain rue de Billancourt. Ce tunnel se trouvait dans une nappe aquifère et sa construction assécha les puits du voisinage. En 1942, il fut classé comme abri contre les bombardements. Les gens qui l’utilisèrent alors peuvent avoir un frisson rétrospectif, car si en son centre, il était recouvert de 6 à 7 mètres de terre, il se terminait en pente douce et si une bombe était venue bloquer l’entrée (comme cela se produisit au métro Pont de Sèvres), beaucoup des 4000 à 5000 personnes qui s’y réfugiaient auraient péri par l’asphyxie ou la noyade (?). mais il n’y avait pas mieux dans le quartier.

Pont de Billancourt

Jusqu’en 1860, il n’y eut pas sur la Seine de pont entre le pont de Grenelle et le pont de Sèvres. Les communications entre les deux rives du fleuve étaient rares et difficiles, et d’ailleurs sans véritable nécessité en raison du peu de développement de cette région. 

A la date précitée, la Ville de Paris annexa à son territoire une partie des communes de sa proche banlieue et le préfet Haussmann se préoccupa de l’aménagement de celle qui subsistait et qui commençait, sur certains points, à se développer en raison surtout de l’émigration d’une partie de la population parisienne chassée par les transformations de la Capitale. 

Ce développement intéressait aussi, dans la région Sud-Ouest, d’une part, la Compagnie des Chemins de Fer de l’Ouest, d’autre part, des lotisseurs, dont le plus important, à Issy et à Billancourt, était le banquier Bonnard, qui eut pour gendre et successeur Edouard Naud, lequel fut maire d’Issy en 1871. 

La conjonction de ces buts amena un ingénieur, Legrand, à proposer la construction de deux ponts destinés à relier l’Ile Saint Germain d’une part, à Billancourt, rattaché depuis peu à la commune de Boulogne, et, d’autre part, à Issy (qui ne s’appellera Issy-les-Moulineaux qu’en 1893) et Meudon. 

Le préfet Haussmann encouragea cette construction par des subventions qu’il demanda au Département, et aux communes voisines, outre la Compagnie de l’Ouest, et Legrand compléta les ressources par un emprunt dont il fut autorisé à se rembourser par une taxe de péage. Les ponts étaient terminés en 1863.

L’armée française les coupa en septembre 1870 à l’approche des Prussiens et ils ne furent rétablis qu’après la Commune de 1871. 

Le péage fut supprimé en 1880 grâce au Département qui dédommagea Legrand.

Ces ponts furent modifiés et élargis en 1933. (Ils furent remplacés par les deux ponts neufs actuels dans la décennie 1980).

Place Bir-Hakeim

Ancienne place de l’ Eglise.
A l’angle de l’avenue Emile Zola et de la rue du Vieux Pont de Sèvres.

Le carrefour de la Route de Versailles et du chemin de la ferme de Billancourt existait depuis la construction de la route à la fin du XVIIème siècle. Après 1825, l’acquéreur de la ferme M. de Gourcuff, le transforma en «demi-lune» pour y faire aboutir les voies qu’il venait d’établir dans son lotissement. En 1836, il passa un accord avec la commune d’Auteuil qui comportait une clause de cession d’un terrain destiné à une chapelle qui fut édifiée peu après, ce qui valu à l’endroit le nom de place de la Chapelle, puis, après la création de la Paroisse, et l’annexion de Billancourt à Boulogne (1860), celui de place de l’Eglise. 

En dépit des efforts du premier curé, l’abbé Gentil, et de ses successeurs, l’église ne fut qu’un très modeste bâtiment, que les employés des pompes funèbres avaient baptisé peu respectueusement «la grange», ce qui, d’ailleurs, correspondait extérieurement à son style architectural ou plutôt à son absence de style. 

Quant à la place elle-même, elle ne fut nivelée et alignée qu’en vertu d’une délibération du conseil municipal du 1er mars 1908. La création et l’extension des usines Renault lui donna une animation qui contrasta singulièrement avec sa tranquillité antérieure et, de plus, l’isola du centre de la paroisse. En 1918, elle fut le terminus d’un tramway qui avait son point de départ au métro Wilhem (Eglise d’Auteuil), la station alors la plus avancée du côté de Boulogne. La ligne, créée spécialement pour les usines, ne survécut que peu à la guerre. 

La malheureuse église fut détruite complètement par le bombardement du 3 mars 1942. 

Depuis peu, la «Régie» a édifié sur son emplacement les services de son personnel. La grandeur matérielle de ce bâtiment purement temporel contraste étrangement avec la pauvreté vraiment évangélique de celui qui traduisait - ou trahissait - le spirituel du Billancourt d’antan.

(Le nom de Bir-Hakeim fut donné après la guerre de 1939-1945 pour rappeler un haut fait de l’armée de la France libre placée à cette date sous les ordre du général Koenig)

Rue Blondeau

Du 23 rue Paul Bert au 58 rue Carnot.
Longueur: 102 mètres - Largeur: 6 mètres.

Vers 1900, M. Blondeau exploitait une grande carrière de sable débouchant rue Paul Bert et qui allait jusqu’à la rue de Billancourt. La carrière avait été ouverte sur des terrains acquis par lui entre 1882 et 1889 et qui, jusqu’alors, avaient servi de séchoirs pour des blanchisseurs ou de jardins maraîchers. Sa surface était d’environ 9.000 mètres carrés.

En 1901, il écrivit au maire pour lui demander de faire prolonger la rue Carnot et d’élargir la rue Paul Bert, alors étroite et dégradée par les camions (tombereaux) des carriers, menaçant, en cas de refus, de reprendre la partie de la rue Paul Bert, alors voie privée, qui lui appartenait. Le maire lui répondit que la question n’intéressait que les riverains lesquels, comme M. Blondeau d’ailleurs, se refusaient à céder le sol gratuitement. 

La rue Paul Bert fut classée peu de temps après la mort de M. Blondeau, survenue à Nevers en 1904. Ses héritiers remblayèrent la carrière, lotirent et vendirent le terrain après y avoir tracé une sente que les riverains dénommèrent allée Blondeau ou allée Paul Bert. 

Plus tard, le service municipal de la voirie invita les propriétaires à se constituer en syndicat en vue de l’application de la loi sur l’assainissement des lotissements. Un rapport de l’agent-voyer daté du 11 juin 1928 explique que la rue, tracée en équerre, communique par ses extrémités avec les rues Paul Bert et Carnot, n’a que 6 mètres de largeur et ne présente aucun intérêt pour la circulation générale. Il ajoute qu’il est cependant nécessaire de l’assainir parce qu’elle est en plein centre de la Ville, mais qu’il faut envisager que ce précédent entraînera le classement de toutes les autres voies privées. 

Lorsque les riverains se furent engagés à payer la viabilité à raison de 65 francs par mètre de facade, la municipalité accepta la demande de classement présenté par le syndic Riquier. Le conseil municipal opina le 13 décembre 1928 et le préfet signa l’arrêté de classement le 30 mai 1929 en considération de l’hygiène publique et malgré la largeur insuffisante de la voie. 

Le 29 juillet 1929, l’assemblée communale décida «d’attribuer à titre d’hommage public à une voie publique la dénomination de rue Blondeau». Le terme «d’hommage» paraît un peu fort....


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